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Conflit TAXI-VTC, et si la solution consistait à s’affranchir des applications ?

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Les représentants des taxis l’avaient annoncé depuis le mois de décembre, une manifestation d’une ampleur inédite se préparait pour fin janvier 2016 afin de faire comprendre au gouvernement que son laxisme face au sujet épineux de la coexistence des deux professions Taxi et VTC avait assez duré.

Ayant initialement déposé un préavis de grève pour la seule journée du mardi 26 janvier, les taxis ont poursuivi leur manifestation et leur blocage de points majeurs de la capitale au cours de la journée du mercredi 27 et viennent de déposer un nouveau préavis pour la journée du jeudi 28. On l’aura compris, cette fois-ci les taxis semblent déterminés à ne pas fléchir.

Car si une délégation de 9 syndicats de taxis a été reçue, en urgence, par le premier ministre dès mardi, afin de lui exprimer leurs revendications : « la suppression pure et simple des applications de mise en relation (Uber, Chauffeur Privé, Snapcar, Marcel, Allocab, Heetch, etc) ou à défaut l’indemnisation des chauffeurs de taxis sur la base du prix d’achat de leurs licences de stationnement », ils ne cachent plus leur frustration et leur colère face à ce qu’ils considèrent comme un remake de ce qu’il s’est déjà produit en 2014.

Les propositions formulées par le premier ministre Manuel Valls à l’issue de cette entrevue, portant notamment sur la nomination dans un délai de 48 heures d’un médiateur (Laurent Grandguillaume) ayant pour mission de mener une concertation entre taxis et VTC afin de produire des résultats à 3 mois, ont purement et simplement été rejetées par les taxis qui exigent l’application de la loi Thévenoud dont les articles ne sont dans leur forme actuelle ni applicables ni contrôlables ainsi qu’un cadre clair pour la coexistence de tous les acteurs du transport de personnes. Les taxis entendent bien maintenir leur dispositif de blocage jusqu’à obtenir gain de cause.

Concrètement, de qui les taxis se plaignent-ils ?

La frustration qu’ils expriment dans les grèves successives que nous avons pu leur connaître depuis maintenant 2 ans tire sa source dans ce qu’ils considèrent comme de la concurrence déloyale. De qui s’agit-il précisément ? Les taxis semblent avoir au moins 4 cibles dans le collimateur :

En premier lieu ce sont les éditeurs d’applications (Uber, Chauffeur Privé, etc) de mise en relation entre chauffeurs et clients qui sont incriminés. Ils tireraient en effet partie de certaines failles dans le code des transports pour faire travailler sur leurs plateformes des chauffeurs sous plusieurs statuts juridiques (auto-entrepreneurs, sociétés, entreprises individuelles, simples salariés), voire même sans aucun statut comme c’est actuellement le cas avec l’application Heetch dont les chauffeurs sont des particuliers qui utilisent leur véhicule personnel sans formation, ni diplôme, ni examen, ni assurance professionnelle pour réaliser des prestations de transport de personnes à titre onéreux, ce que condamnent d’ailleurs à l’unissons taxis et VTC professionnels.

On peut en effet se demander pourquoi, alors que le service UberPop a été définitivement déclaré comme illégal et interrompu à la rentrée 2015, l’application Heetch, qui propose exactement le même service illégal de transport de personnes à titre onéreux qu’UberPop soit toujours en activité.

Ensuite ce sont certains des chauffeurs qui travaillent sur ces applications de mise en relation qui sont visés. En effet ils pratiqueraient ce que les taxis et chauffeurs VTC professionnels travaillant réellement sur réservation préalable, appellent la « maraude électronique », et qui est sensée être interdite par la loi Thévenoud. Concrètement cela consiste pour un chauffeur travaillant sur appli à circuler sur la voie publique ou à se stationner à des endroits stratégiques tels que les aéroports dans l’attente d’une future course alors qu’il est sensé, toujours selon la loi Thévenoud, regagner sa « base » après avoir terminé sa course.

C’est ainsi que l’on a pu voir, afin de contrer ce phénomène qui nuit autant aux taxis qu’aux chauffeurs travaillant réellement sur réservation (c’est-à-dire des chauffeurs réellement indépendants traitant avec leur clientèle en direct), depuis fin décembre, se multiplier des opérations de contrôle et de filtrage aux aéroports de Paris, opérations organisées par les taxis à la place de la police avec pour objectif de barrer la route aux chauffeurs d’applications tentant d’accéder aux parkings réservés alors qu’ils ne disposaient pas de réservation.

Car rappelons-le, le métier de chauffeur VTC, issu de la « Grande Remise », était un métier qui s’exerçait exclusivement sur réservation bien en amont du moment de la prise en charge souhaitée. L’aspect « commande à la demande » n’est qu’un détournement de la maraude physique qui est légalement réservée aux taxis et qui a été opéré par les applications afin de capturer la clientèle des taxis.

La troisième cible est une population qui sévit plutôt au sein de la ville : ce sont les taxis clandestins. Au même titre que les « chauffeurs » travaillant sur l’actuelle application Heetch et feu UberPop, ce sont aussi des particuliers qui pratiquent le racolage dans la rue en l’absence de toutes les contraintes auxquelles doivent se soumettre les taxis et les VTC professionnels afin d’exercer leur activité.

Parmi ces racoleurs, certains sont aussi des professionnels. Ceux-là sévissent par bandes dans les aéroports, notamment Orly, où ils chassent de manière effrontée aux yeux des taxis officiels et de la police qui semble impuissante. Impossible de les rater tant ils scandent leur nom à répétition : « moto-taxis ».

La dernière cible qui fait aujourd’hui l’objet de toutes les stigmatisations car elle s’est illustrée par son incompétence à gérer le problème et organiser le secteur alors que c’est pourtant sa responsabilité : le gouvernement. Emmanuel Macron, ministre de l’économie, ne cache pas son amour de l’application Uber dont il ne fait que vanter les mérites car cette société créé selon lui de l’emploi quand bien même on lui a démontré qu’un chauffeur Uber gagne à peine 6€ de l’heure et qu’aucun des chauffeurs Uber n’est salarié.

Le ministre de l’économie approuve et défend donc l’existence sur le territoire français d’une société étrangère qui ne paye aucun impôt en France et qui contribue à propulser des ex-chômeurs vers le statut de pseudo chefs d’entreprises (car les chauffeurs doivent d’abord créer leur entreprise avant de prétendre à être partenaires d’Uber ou des autres applications d’ailleurs) se retrouvant très vite dans une situation d’extrême précarité et pauvreté.

Et alors que ce sont des applications telles qu’Uber et Chauffeur Privé qui détruisent le métier du transport de personnes en procédant tous les 3 à 6 mois à une baisse des tarifs qu’elles imposent de manière unilatérale à leurs chauffeurs « partenaires », cela vient impacter, en plus de ces chauffeurs partenaires, tant les taxis dont les tarifs sont réglementés, que les VTC indépendants qui ne peuvent lutter contre ces sociétés qui pratiquent ce qu’on appelle le dumping ou vente à perte, qui est pourtant interdit par la loi.

Le gouvernement veut-il faire de la France, symbole du luxe et de la qualité de service, une France du lowcost et des chômeurs?

Dans cette configuration, les taxis et VTC professionnels indépendants peuvent-ils s’attendre à ce que le gouvernement prenne les mesures nécessaires afin de réguler le secteur et faire appliquer la loi, à commencer par ces applications ?

Comment se fait-il, alors que le pays est déjà dans une situation critique en terme de nombre de chômeurs, que le gouvernement prenne le risque de laisser se retrouver sur la paille l’intégralité d’une profession (celle du transport de personnes à titre onéreux qui est assurée par les taxis et VTC indépendants) sous le prétexte que des sociétés informatiques prétendent créer des « emplois » qui n’en sont pas à travers l’imposition (puisque le gouvernement laisse faire et semble applaudir) sur le territoire français d’un modèle économique qui se veut « collaboratif » ou « du partage » alors qu’il ne fait que contribuer au partage de plus de précarité et de pauvreté ?

Finalement ces plateformes d’intermédiation ont-elles légalement et moralement leur place dans le paysage du transport de personnes dans leur modus operandi actuel? (non respect des lois, guerre du dumping, désactivation abusive des chauffeurs sans préavis ni justification)

On apprenait également dans la journée que la plateforme de mise en relation Uber venait d’être condamnée à verser 1,2 millions d’euros à l’Union Nationale des Taxis, au titre d’une liquidation d’astreinte imposée par un précédent jugement, selon une décision du TGI de Paris portant sur une ambigüité entretenue par la société Uber quant à la possibilité de stationner sur la voie publique en attente d’un client sans réservation préalable, la fameuse « maraude électronique ».

Comment le client peut-il aujourd’hui s’y repérer parmi les différentes offres et choisir en connaissance de cause ?

Le client qui souhaite se déplacer d’un point A à un point B en toute sécurité n’a aujourd’hui véritablement que deux options, les seules qui sont garantes d’un service professionnel avec toutes les autorisations et assurances nécessaires permettant d’exercer le métier de transport de personnes à titre onéreux :

Les taxis d’un côté et les VTC indépendants de l’autre.

Un client qui se risquerait à monter dans une voiture sans l’avoir réservée au préalable prend le risque de se faire conduire par un clandestin et ne sera donc pas couvert en cas d’accident.

Un client qui se risquerait à commander un chauffeur sur une application de type Heetch saura dorénavant qu’il sera conduit par un particulier qui ne dispose, au même titre que le clandestin, d’aucune autorisation ni assurance professionnelle et qu’il ne sera donc pas couvert en cas d’accident.

Un client qui se risquerait à commander un chauffeur sur une application de type Uber, Chauffeur Privé, Snapcar, Marcel, Allocab, etc sera certes conduit par un professionnel en règle mais par l’intermédiaire d’une société/application qui ne respecte ni les lois françaises ni ses chauffeurs « partenaires », et c’est bien pour cela que le prix à payer sera modique pour son transport.

En commandant un chauffeur sur une application, il saura dorénavant qu’il contribue :

  • au pillage de la France par des sociétés qui, par le biais de filiales et la consolidation de leurs comptes dans des paradis fiscaux échappent à toute imposition sur le territoire français,
  • à la destruction de son artisanat local,
  • à la précarisation du chauffeur qui le conduira
  • et à précipiter encore plus l’économie de la France dans la situation de récession dans laquelle elle se trouve, tout cela pour économiser quelques euros.

Que le client fasse son choix en connaissance de cause, car maintenant il sait que lui aussi est responsable du blocage des routes par les taxis. Mais ce qu’il a fait, il peut le défaire. Et par conséquent il a aussi le pouvoir de participer à son déblocage. Et vous que choisissez-vous ?

Merci d’avoir pris le temps de lire mon article.
J’espère que vous aurez apprécié sa lecture et vous invite à commenter si vous le souhaitez ou à le faire suivre à vos contacts qui pourraient être intéressés par le sujet de l’article.
Et je vous souhaite une très belle journée!


1 comment… add one
  • Sakani 28 janvier 2016, 17 05 34 01341

    Très bonne analyse.Les applications c’est une nouvelle forme de l’esclavagisme moderne sous couvert d’économie collaborative.

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