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Analyse et gestion du risque de crédit : acteurs, méthodes, outils et réglementations

Analyse et gestion du risque de crédit

Si les crises sont cycliques et les acteurs des marchés financiers peu enclins à brider leur créativité en matière de conception de nouveaux produits visant à réduire leurs risques tout en étant intrinsèquement risqués et les conduisant inexorablement à répéter les mêmes erreurs au fil des décennies, les organes de régulation du système financier international tentent cependant, au milieu de politiques ventant les mérites d’un libéralisme exacerbé, d’en contenir les dérives à l’aide de réglementations prudentielles visant à imposer des contraintes aux participants du marché, notamment en terme de constitution de fonds propres, afin de gérer et limiter leurs risques et éviter les effets de contagion.

C’est dans ce contexte que l’analyse du risque de crédit trouve tout son sens. Cette activité de contrôle et de garde-fou contre la possible insolvabilité d’un client fait l’objet d’une attention et utilisation particulières au sein des acteurs du marché de la dette que sont les banques, sociétés de gestion de portefeuilles, grandes entreprises et agences de notation.

Si l’analyse du risque de crédit (1ère partie) par différentes techniques est la première étape indispensable à entreprendre pour les établissements financiers et les grandes entreprises qui souhaitent prêter des fonds, ces acteurs doivent gérer et se couvrir contre ces risques (2ème partie).

I Définition

Analyser le risque de crédit d’un agent économique c’est chercher à définir la probabilité de perte sur une créance de cet agent ou de défaillance globale de cet agent en tant qu’émetteur de dette.

Pour une institution financière dont le cœur d’activité est de prêter à une multitude de clients, c’est évaluer le risque global de son portefeuille de crédits.

En d’autres termes, c’est évaluer dans quelle mesure un emprunteur (ou débiteur) peut ne plus être capable d’honorer ses engagements auprès d’un prêteur (ou créancier) de manière temporaire ou définitive.

Lorsqu’on cherche à réaliser une analyse du risque de crédit, deux types d’approches peuvent être utilisés :

L’approche finance d’entreprise permet d’étudier le risque d’après des données historiques  significatives.

L’approche finance de marché cherche à construire une modélisation du défaut potentiel à partir de la théorie financière.

Selon que la situation de l’emprunteur se trouve « simplement » dégradée ou qu’il soit en cessation de paiement, le risque supporté par le créancier prend alors différentes formes : on parle de risque de dégradation dans le cas d’une exposition à un risque de perte potentielle, ou de risque de défaut – voire de risque de faillite – dans le cas d’une exposition à un risque de perte total.

II Les relations de crédit

Au sein de notre économie, si les différents agents peuvent être à la fois créanciers et débiteurs, il existe trois relations de crédit considérées comme principales du fait de leur prépondérance dans nos échanges :

La dette publique : matérialisée par le besoin des États d’emprunter auprès d’autres États ou de banques privées afin de financer le déficit budgétaire ou les grands projets à travers les « grands emprunts ». Le risque de crédit correspond à la capacité de l’ État à rembourser ses dettes. Attention cependant à ne pas confondre dette publique et dette du pays car la dette de l’État  ou dette publique ne représente pas la dette du pays entier. La dette du pays est ainsi également constituée des dettes des ménages et de celles des entreprises.

Le crédit interentreprises : qui prend la forme de délais de paiement que s’accordent les entreprises dans le cadre de leurs relations commerciales. Une entreprise fournisseur prend ainsi le rôle d’intermédiaire financier et le risque de crédit porte sur les créances client.

Le crédit bancaire : qui prend la forme d’un prêt consenti à un ménage ou une entreprise par une banque. Le risque de crédit porte sur la probabilité pour l’emprunteur de ne plus pouvoir respecter ses échéances.

Lorsqu’un emprunteur se trouve en situation de défaut, il impacte son créancier (la banque) à plusieurs égards : réduction de ses marge et rentabilité, affaiblissement de la solidité globale de l’institution (difficultés à accorder de nouveaux crédits), possible crise de liquidité avec « contamination » des autres agents.

Lorsqu’on réalise un état des lieux des dettes d’une entreprise on va s’intéresser à leur :
– Nature (obligation ou crédit classique),
– Maturité (dettes financières à long terme ou court terme),
– Mode de remboursement (in fine, amortissement constant, annuité constante),
– Mode de mise en place (financement classique assortie de garanties, financement spécialisé avec mise en garantie de l’actif, financement structuré type financement de projet d’infrastructure).

Plusieurs facteurs peuvent être à l’origine d’un risque de crédit :
– La situation économique globale,
– Un risque pays qui peut être politique ou économique,
– Un risque professionnel lié aux difficultés d’un secteur économique spécifique,
– Le risque propre à l’emprunteur qui dépend de sa situation économique et financière.

Le risque de crédit dépend de 3 variables :
– La probabilité de défaut (Expected Default Frequency EDF ou Probability of Default PD),
– L’exposition au défaut (Exposure At Default EAD), perte maximale en cas de défaut,
– La perte en cas de défaut (Loss Given Default LGD) égale à 1 moins le taux de recouvrement 1-R.

Ainsi la perte attendue sur un crédit (Expected Loss) est égale à :
EL = EAD x EDF x LGD
Expected Loss = Exposure At Default x Expected Default Frequency x Loss Given Default

C’est en étudiant les états financiers, notamment l’évolution des performances à travers l’évolution de la rentabilité de l’actif économique et la possible détérioration de ces performances, que l’on peut détecter les prémisses d’un déclin, voire un niveau avancé de difficultés, et ainsi identifier les entreprises à risque.

III Mesurer le risque de crédit

Qui ?

L’analyse du risque est essentiellement réalisée par des banquiers ou professionnels d’institutions financières comme les sociétés de gestion de portefeuille ainsi que des départements spécifiques tels que les directions financières des grandes entreprises qui émettent de la dette sous forme de prêts inter-entreprises.

La Banque de France procède également à l’analyse du risque de crédit. Elle a mis au point et fait évoluer depuis 30 ans un système de notation des entreprises non financières. Cette « cotation » est une appréciation sur la capacité d’une entreprise à honorer ses engagements financiers à trois ans. La Banque cote plus de 260 000 entreprises par an.

La cotation permet de sélectionner les créances admises en garantie des opérations de politique monétaire de l’Eurosystème. Elle sert pour le calcul des besoins en fonds propres des établissements de crédit liés aux règles de solvabilité. Enfin, elle offre aux entreprises une évaluation par un expert indépendant de leur situation financière.

La direction des Entreprises est chargée de définir les modèles conceptuels d’analyse des entreprises, d’établir le référentiel de cotation des entreprises et de veiller aux performances du système de cotation, la Banque de France devant mériter en permanence son statut d’Organisme externe d’évaluation du crédit et de Système interne d’évaluation du crédit au sein de l’Eurosystème.

Quoi ?

Mesurer le risque de crédit d’un agent implique de mesurer la probabilité que cet agent soit défaillant, c’est-à-dire chercher une probabilité d’occurrence ou en d’autres termes chercher la probabilité qu’un défaut se produise.

Dans le cadre de la Banque de France, l’analyste du risque de crédit au sein de la direction des Entreprises est chargé de concevoir des schémas d’analyse du risque de crédit et de cotation des entreprises non financières, à partir des données collectées par la Banque de France, élaborer et faire évoluer les outils d’analyses et d’évaluation du risque de crédit : scores, système expert, etc, mesurer les performances du système de cotation des entreprises, assurer un reporting auprès des instances de référence : Banque centrale européenne et Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR).

Quand ?

Un créancier (organisme prêteur) procède à l’analyse du risque de crédit d’un débiteur (emprunteur) à différentes étapes de leur relation contractuelle : au moment de la demande de prêt d’abord, puis lors de la revue annuelle des engagements, et lorsque la situation du débiteur évolue.

Comment ?

L’analyste va se servir de données qu’il va traiter selon une méthodologie afin d’obtenir un résultat qui, selon la méthode utilisée, sera, soit directement une probabilité de défaut, soit nécessitera d’être traduit en probabilité, afin d’exprimer le niveau de risque de crédit.

Différentes méthodologies existent, les unes empruntant à la finance d’entreprise et plus particulièrement à l’analyse financière, les autres à la finance de marché et la construction de modèles de risque de défaut utilisant le backtesting, c’est-à-dire en construisant un modèle auquel on applique des données passées et dont on connaît le résultat afin de valider la capacité prédictive du modèle.

Les facteurs pouvant impacter une modification du risque étant multiples et changeant, le modèle doit être utilisé très régulièrement en ajustant les données servant d’input, afin de connaître en « temps réel » ou à chaque implémentation du modèle, l’évolution du niveau de risque. On parle de downgrading s’il se dégrade, et d’upgrading s’il s’améliore.

Différents types de données peuvent être utilisés lors d’une analyse du risque de crédit. Elles peuvent être :
– financières : les comptes annuels ou semestriels, les incidents de paiement.
– non financières : l’analyse de l’environnement concurrentiel, l’évolution des réglementations, les choix stratégiques, l’efficacité du management, la capacité d’innovation, l’appétence pour la R&D.
– quantitatives : données chiffrées et de nature objective.
– qualitatives : données non chiffrées et subjectives.
– brutes : utilisées en l’état.
– traitées : informations vérifiées, ajustées, transformées, adaptées (sous forme de ratio par exemple).

IV L’analyse du risque de crédit par l’approche de l’analyse financière

Considérée comme la plus ancienne pour analyser le risque, elle implique de traiter un ensemble d’informations tiré des comptes annuels pour en déduire une appréciation du risque de crédit.

L’analyse financière consiste en 4 étapes : la génération de richesse nécessite des investissements qui doivent être financés et être suffisamment rentables.

En d’autres termes, elle permet de déterminer si l’entreprise est capable de créer de la valeur et d’être solvable.

Lorsqu’on utilise l’analyse financière classique pour évaluer le risque de crédit, on cherche à sonder de potentielles difficultés de trésorerie pouvant aboutir à la cessation des paiements.

1/ Étude de l’équilibre financier

En temps « normal », c’est-à-dire lorsqu’une société est en bonne santé financière, son BFR ou besoin en fonds de roulement est financé par des ressources permanentes : fonds propres, provisions spécifiques réglementaires et dettes financières à long terme. Lorsque ces ressources permanentes sont supérieures aux emplois permanents l’entreprise dispose alors d’un FR ou fonds de roulement. C’est ce FR qui finance le BFR.

Il en résulte que plus le FR est important par rapport au BFR, et que donc la trésorerie est conséquente ou a minima positive, plus le risque est faible.

Le ratio de FR (ressources permanentes/emplois permanents) permet ainsi d’établir que :
Si le ratio est supérieur à 1, il y a existence d’un équilibre financier.
Si le ratio est inférieur à 1, il y a absence d’équilibre financier ou déséquilibre financier.

Lorsqu’une entreprise ne peut plus faire face à son passif exigible avec son actif disponible, elle est en déséquilibre financier et risque la faillite.

L’état de la liquidité de l’entreprise traduit sa capacité (ou son absence) à faire face à ses engagements à court terme. On peut ainsi calculer plusieurs ratios rapportant les actifs à court terme (stocks et créances) aux dettes à court terme (d’exploitation et financières).

Le ratio de liquidité générale ou RLG (current ratio)
= actif circulant / passif court terme

Le ratio de liquidité réduite ou RLR (acid ratio)
= (actif circulant – stocks) / passif court terme

Le ratio de liquidité immédiate ou RLI (cash ratio)
= disponibilités immédiates / passif exigible

Si ces ratios sont supérieurs à 1 (et les plus élevés possibles), il y a équilibre financier.

La trésorerie est un élément illustratif de la capacité de l’entreprise à maintenir une bonne santé financière à long terme, la liquidité permet d’illustrer l’équilibre financier à court terme.

2/ Étude de la solvabilité

L’entreprise est-elle en capacité de faire face à ses engagements à court, moyen et long terme ?

Le niveau d’endettement par rapport à la structure financière est un premier indicateur.

Plus précisément on va chercher à mesurer le poids des dettes financières par rapport aux fonds propres, c’est ce qu’on appelle le gearing.
Plus ce ratio est fort, plus l’entreprise présente un risque financier élevé.

Le ratio de couverture des intérêts financiers (Interest Coverage) est un autre indicateur qui permet d’expliciter la capacité de l’entreprise à payer ses frais financiers. On le calcule :
-soit en rapportant les intérêts financiers à l’EBITDA. Le résultat représente un taux de prélèvement c’est-à-dire la part d’EBITDA payée comme intérêts. Donc plus le ratio est élevé, plus l’entreprise est endettée.
-soit en rapportant l’EBITDA aux intérêts financiers. Le résultat indique un multiple, on dira que l’EBITDA représente « x » fois les intérêts financiers.

On peut aussi utiliser le ratio de couverture de la dette (Debt Service Coverage ratio ou DSCR) qui inclut au dénominateur le capital en plus des intérêts financiers, ce qu’on appelle aussi « service de la dette ».  Le DSCR est donc égal à EBITDA / Service de la dette.

La capacité de remboursement de la dette (Debt Coverage) s’étudie en rapportant les dettes financières au FCFF (Free Cash Flow to the Firm).

Enfin, le risque de défaut peut également s’étudier grâce au ratio Debt Cash Service : FCFD / FCFF. (c’est à dire Free Cash Flow to Debt / Free Cash Flow to Firm).
Il rapporte le Flux de trésorerie disponible servant le remboursement de la dette au Flux de trésorerie disponible pour l’ensemble des pourvoyeurs de fonds (actionnaires + créanciers).
Plus ce ratio se rapproche de 1 ou 100%, plus le risque financier est élevé car cela signifie que l’entreprise utilise l’intégralité de ses flux de trésorerie pour servir (rembourser) sa dette.

V La méthode du rating ou notation

Méthode parmi les plus connues, elle est particulièrement utilisée vis-à-vis des grandes entreprises participant au marché financier du crédit. Cette notation s’interprète en termes de risque de défaut et a pour principal objectif de classer le risque de crédit. Elle exprime la qualité globale de crédit de l’entreprise cherchant à emprunter.

1/ La notation par les agences

Il existe 3 grandes agences de notation (Credit Rating Agencies) au niveau mondial : Standard and Poor’s (S&P), Moody’s et Fitch Ratings.
En principe ces agences ne procèdent à une notation que des sociétés qui les ont sollicitées mais elles peuvent aussi être à l’initiative du déclenchement d’une notation.
Ces sociétés cherchent à se financer sur le marché de la dette c’est-à-dire en émettant des obligations.

Elles recourent ainsi aux agences de notation afin de permettre aux investisseurs potentiels de bénéficier d’une évaluation « indépendante *» de leur capacité de remboursement qui pourront ainsi décider de la pertinence d’investir en comparant la rémunération offerte ou spread de crédit avec la probabilité de défaut du produit de dette.
*Les agences de notation tirant leurs revenus des sociétés qu’elles notent, l’indépendance de ces évaluations est logiquement remise en question.

Les agences utilisent 3 grands types de classes au sein desquelles apparaissent les échelles de rating utilisant un système de lettres allant de A (forte capacité à rembourser) à D (défaut, faillite).

La classe « investment grade » correspond aux entreprises en bonne santé financière, en capacité d’assurer le service de la dette et peu sensibles aux évolutions économiques externes.

La classe « speculative grade » correspond aux entreprises où le risque est présent, de manière plus ou moins importante selon le positionnement dans l’échelle, où le service de la dette peut poser problème, et qui sont sensibles aux évolutions de l’environnement économique.

La classe « default » correspond aux entreprises ayant déjà fait défaut ou fortement susceptibles de faire défaut à court terme.

2/ La notation par les équipes de Credit Research des banques ou des bureaux indépendants

Depuis que la réglementation de Bâle II a imposé aux institutions bancaires de procéder à la mesure individuelle du risque, l’activité de Credit Research a connu un fort développement. Elle a pour objectif, à travers une analyse financière externe et non sollicitée (et donc réellement indépendante) du risque de crédit, d’émettre un conseil aux investisseurs.

Par mesure individuelle du risque, il est ici question d’analyser le risque présenté par chaque produit de dette de chaque émetteur.

Mesurer le risque de crédit est indispensable pour définir avec précision les conditions d’octroi d’un prêt à un futur débiteur ou estimer la pertinence d’investir dans des produits de dette proposés par un émetteur. Il est tout aussi important de bien gérer ce risque.

VI Comment le risque est-il géré ?

Conséquence de la disparition de Lehman brothers dans le sillage de la crise de 2008 devenue systémique, de nombreuses réglementations prudentielles ont été imposées aux banques. Ces règles sont censées circonscrire les effets de contamination d’un sinistre (perte résultant d’un accident de crédit) aboutissant à la disparition d’un acteur du marché et ainsi empêcher l’effondrement du système financier.

1/ Gestion du risque au sein des banques

Au-delà de ces contraintes imposées par les organismes régulateurs du marché à tous les acteurs et visant la survie du système en cas de défaut fatal d’un des acteurs, il est évidemment dans l’intérêt des banques de mettre en œuvre les moyens leur permettant d’assurer leur propre survie. Elles mettent alors en place en interne des procédures de surveillance de la mesure du risque de leur portefeuille de crédits visant à les avertir lorsqu’un risque augmente.

2/ Gestion du risque au sein des grandes entreprises

En ce qui concerne les Corporates ou grandes entreprises, l’importance des créances qu’elles détiennent sur leurs clients, aussi appelées encours, leur fait jouer de manière indirecte le rôle de banquier. En effet elles accordent à leurs clients des délais de paiement ce qui revient à leur consentir un prêt et accroît donc leur risque financier.

Elles utilisent alors le Credit Management, outil de gestion interne visant à contrôler les encours puis réduire le volume des crédits (à l’aide de dispositifs de recouvrement internes ou externalisés) et ainsi le risque correspondant.

Elles peuvent également recourir à différents intermédiaires spécialisés :
– qui assurent les créances clients tels que les organismes Coface et Euler Hermes,
– qui proposent une prestation d’affacturage (un factor – le prestataire – achète les créances de l’entreprise (avec une décote pour se rémunérer) et se charge de recouvrer le montant de ces factures).
– qui font de la titrisation de créances commerciales au travers d’un véhicule spécialement constitué pour l’occasion et dont le financement de l’achat des créances est réalisé par l’émission d’une dette obligataire.

3/ Couverture du risque de crédit grâce aux marchés financiers

Les banques et les grandes entreprises utilisent ce qu’on appelle des instruments de couverture ou produits dérivés (de crédit). Ce sont des instruments financiers essentiellement négociés de gré à gré qui, comme leur nom l’indique, sont dérivés d’un sous-jacent, un autre instrument financier.

a/ Le Credit Default Swap (CDS) ou couverture de défaillance

Ce produit dérivé ou contrat d’échange de gré à gré permet à un investisseur d’échanger ou transférer son risque de crédit avec celui d’un autre investisseur.

Par exemple, si une banque (créancier ou prêteur) craint qu’un de ses débiteurs (une entreprise qui emprunte) puisse être en défaut sur un prêt, la banque peut recourir à un CDS pour couvrir ce risque.

Elle achète alors un CDS à un autre investisseur (grande banque ou compagnie d’assurance) qui s’engage à la rembourser au cas où l’emprunteur ferait défaut.

La plupart des CDS nécessitent le paiement récurrent d’une prime pour maintenir le contrat, à l’image d’un contrat d’assurance. Le vendeur de CDS joue ainsi le rôle d’assureur.

Il y a 3 parties lors d’un CDS :
1 L’acheteur du CDS,
2 L’émetteur de dette ou emprunteur (entreprise ou municipalité qui souhaite emprunter de l’argent auprès des acheteurs d’obligations) en échange du paiement d’un intérêt,
3 Le vendeur du CDS (entreprise ou assureur qui garantit la dette sous-jacente entre l’émetteur de l’obligation et l’investisseur).

Par exemple, une entreprise souhaite lever des fonds pour financer son développement. Elle émet des obligations payant un intérêt de 5% sur 10 ans. A la date de maturité le principal de l’obligation doit être remboursé puisque l’émetteur part du principe qu’il aura suffisamment d’argent pour ce faire à cette date.

L’acheteur de l’obligation (investisseur/prêteur) a pris un risque en considérant que pendant les 10 ans précédent la date de maturité il va recevoir 5% d’intérêt ainsi que le montant du principal à la date de maturité.

Sachant qu’il y a toujours un risque que l’émetteur de l’obligation soit défaillant, en particulier si l’obligation a eu une notation basse par les agences de notation, l’acheteur de l’obligation pourrait décider d’allouer une partie des intérêts qu’il a perçus à l’achat d’un CDS. Dans ce cas, le vendeur de CDS assurera le montant du principal et si l’émetteur de l’obligation fait défaut, le paiera à l’acheteur du CDS.

Présenté comme une révolution permettant aux acteurs de se couvrir contre le risque de crédit, ce type de produit a cependant rapidement montré ses limites.
En effet, dès lors que le vendeur de CDS fait également défaut (c’est-à-dire au même moment que l’emprunteur), s’ensuit une réaction en chaine de contamination du marché.
C’est ainsi que des vendeurs de CDS tels que Lehman Brothers, Bear Stearns et AIG ont été pointés du doigt comme l’une des causes premières de la crise de 2008 alors qu’ils se sont trouvés en défaut par rapport aux obligations de leurs CDS.

Une autre particularité de ce produit est qu’il permet à un investisseur, en tant que produit d’assurance, de s’assurer contre l’aléa pouvant affecter un sous-jacent dont l’investisseur n’est même pas propriétaire.
C’est un peu comme si vous décidiez de prendre une assurance contre le risque d’incendie de la maison de votre voisin.
En cas de réalisation de l’aléa, le vendeur de protection (l’assureur) serait contraint de vous dédommager la valeur de la maison de votre voisin.

Ainsi, au-delà de sa vocation première qui est de transférer un risque de crédit à une contrepartie qui joue le rôle d’assureur, le CDS devient un pur produit de spéculation.

b/ Le Total Return Swap (TRS) ou contrat d’échange de rendement total

En français « dérivé de crédit sur transfert de rendement », le TRS est un produit dérivé ou accord d’échange qui transfère l’intégralité de la performance d’un actif détenu contre une référence variable.

Un détenteur d’obligations A dénommé « payeur du rendement total » et qui conserve la propriété des obligations (aussi appelées « actif de référence ») pendant la durée du contrat,
s’engage alors à verser à B (dénommé « bénéficiaire du rendement total ») le rendement total de l’actif sous-jacent (ici une obligation) c’est-à-dire les coupons + les gains en capital (c’est-à-dire la variation de la valeur de marché si elle est positive).

En retour, le vendeur de protection B s’engage à verser à A un taux variable (Euribor, Libor, Eonia) + un spread + la variation de la valeur de marché si elle est négative (c’est-à-dire si la valeur se déprécie).

De cette manière le détenteur d’obligations A a ainsi transféré au vendeur de protection B le risque de défaut, le risque de détérioration du crédit, et le risque de marché.

L’intérêt pour B est qu’il n’aura pas eu besoin d’investir dans l’actif sous-jacent pour recevoir son rendement total et s’attend donc à ce que la valeur du sous-jacent augmente.

Les banques utilisent fréquemment les TRS pour limiter leur exposition au risque de crédit.

Typiquement les hedge funds les utilisent pour recevoir un rendement sur différents actifs sans avoir à les acheter.

c/ Le Collateralized Debt Obligation (CDO) ou obligation adossée à des actifs (prêts)

Le CDO est un produit financier structuré qui fonctionne avec une structure de titrisation ad hoc (ou SPV Special Purpose Vehicle) créée par une banque qui assemble divers actifs financiers pour les titriser sous forme de tranches plus ou moins risquées et destinées à des investisseurs. La banque transfère alors son excès de risque de crédit à ces investisseurs.

Lorsqu’une banque commerciale accorde des prêts tels que des prêts immobiliers ou automobiles à des particuliers ou entreprises, ces prêts sont ensuite vendus à une banque d’investissement qui les repackage de manière à créer un produit d’investissement appelé CDO qui est ensuite vendu à des investisseurs.

Le remboursement du capital et des intérêts payés sur les prêts est redirigé vers les investisseurs. La promesse de remboursement des prêts figurant à l’actif du SPV est le collatéral qui donne sa valeur au CDO, d’où le terme collateralized (adossé).

Si les emprunteurs font défaut, le risque initialement supporté par la banque est transféré à l’investisseur, qui est typiquement un grand fond de pension ou un hedge fund.

Ainsi la banque découpe le CDO en différents niveaux de risque ou tranches :
Les tranches Senior sont les moins risquées car elles ont la priorité sur les actifs si certains des prêts sous-jacents sont en défaut.
Les tranches Junior sont plus risquées et offrent par conséquent des taux d’intérêts plus élevés afin d’attirer les investisseurs.

Dans les années 90 et au début des années 2000 la plupart des CDO étaient adossés à un groupe de prêts divers ce qui limitait le risque de défaut et a donné à l’instrument une réputation de stabilité.

Mais à partir de 2003, le boom de l’immobilier a permis à un certain nombre de banques d’utiliser des prêts immobiliers « sub-prime » comme leur source principale de collatéral.

Alors que la popularité des CDO atteignait des sommets, les fournisseurs de crédits recevaient un flux maintenu de liquidités leur permettant d’offrir toujours plus de prêts à des emprunteurs à risque.

Lorsque le marché de l’immobilier et les défauts sur prêts immobiliers ont commencé à augmenter, les émetteurs de CDO et leurs investisseurs souffrirent d’énormes pertes.

Si les CDOs offrent la possibilité de rendements fixes attractifs, les retombées de la crise financière ont engendré plus de vigilance au sujet des prêts servant de collatéral aux CDOs.

Ces produits peuvent aussi être appelés aujourd’hui Bespoke Tranche Opportunities (BTO) ou opportunités d’investissement sur mesure en tranche.

VII Réglementations prudentielles

Afin d’assurer l’intégrité du système financier international et éviter son effondrement lors d’une crise qui peut aujourd’hui rapidement devenir systémique tant les intervenants sur les marchés financiers sont liés entre eux, certains pays ont souhaité définir des règles prudentielles à destination des banques. Ils ont ainsi mandaté la Banque des Règlements Internationaux – BRI (Bank for International Settlements – BIS) située à Bâle en Suisse pour définir cette réglementation.

En synthèse, l’objectif de ces réglementations est d’imposer aux banques de maintenir un certain niveau de fonds propres pour couvrir leur risque de crédit.

Les accords de Bâle

Établis en 1988, ces accords ont donné lieu à la mise en place du ratio Cooke qui impose aux banques d’avoir en permanence des fonds propres d’un montant supérieur ou égal à 8% de leurs engagements de crédit pondérés.  

En 2004, les accords de Bâle II cherchent à améliorer le ratio Cooke en le complétant, il devient alors le ratio McDonough qui impose aux banques que leurs fonds propres couvrent à présent plus de 8% de leur  risque de crédit mais aussi du risque de marché et du risque opérationnel.

La crise de 2008 a mis en lumière les limites de ce ratio pourtant amélioré. Les produits financiers (notamment dérivés) devenant de plus en plus complexes, négociés de gré à gré et traités hors bilan, les banques n’ont pas été en mesure d’évaluer correctement les risques auxquels elles étaient exposés.

En 2010, Bâle III tentera de faire évoluer la règle vers toujours plus de fonds propres et l’instauration d’un ratio de liquidité et d’un ratio d’effet de levier.

L’industrie financière étant prompte à inventer des produits toujours plus sophistiqués et toujours plus risqués dans la perpétuation de l’esprit « no risk no return », il est évident que la réglementation doit continuer de s’adapter, toujours avec un temps de retard, et en composant avec le fait que la réglementation déjà en place n’est en l’état pas entièrement appliquée par tous les acteurs. Il existe en effet des différences d’application de ces règles qui varient d’un pays à un autre en fonction de la taille des banques. On ne peut donc pas pour l’instant parler de système de régulation international homogène.

Décidée en 2016-2017, la finalisation de Bâle III que l’industrie financière appelle Bâle IV compte tenu de la refonte des calculs des risques est prévue pour 2022.

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